Figures d'un Monde en Sursis

Figures d'un Monde en Sursis
Regardons le monde tel qu'il est, sans complaisance ni hostilité, et essayons de comprendre où nous en sommes. C'est ce que propose cet essai construit en dialogues : entre l'oeil et l'esprit, car philosophie et photographies s'éclairent réciproquement pour élaborer une compréhension de ce monde dont nul ne peut ignorer l'inquiétante fragilité. Dialogue également entre hier et aujourd'hui, entre Heidegger et Günther Anders. Si ces images donnent une vision incarnée du présent, la conversation avec des penseurs contemporains ou anciens pour les interpréter veut honorer l'actualité toujours vivante de toute vraie philosophie.
世界のありのままの姿を見て、自分たちがどこに立っているのかを理解するようにしましょう。哲学と写真が互いに照らし合い、誰もが無視することのできない不穏なもろさを持つこの世界の理解を深めるために、このエッセイは対話の中で構築された、目と心の対話を提案します。ハイデガーとギュンター・アンダースとの昨日と今日の対話も。これらの画像は、現在の具現化されたビジョンを与える場合は、それらを解釈するために、現代または古代の思想家との会話は、すべての真の哲学のまだ生きている現実を尊重したいと考えています。
 Il s’agit de penser ce temps de la fin pour éviter la fin du temps. C’est paradoxalement un pas de côté qui permet ce regard frontal : le décalage du regard photographique rejoint ici la marginalité philosophique ; les deux conjuguent émerveillement devant la vie et questionnement de son sens, convergeant vers le même engagement éthique pour l’avenir.
終わりの時間を避けるために、終わりの時間をこの時間に考えることです。逆説的に言えば、この正面からのまなざしを可能にするのは横への一歩である。ここでの写真的なまなざしのシフトは哲学的な余白と結合する。
Un dialogue entre philosophie et photographies du temps présent
Photographies de Matthias Koch
La recension de Stéphane Leteuré du livre « Figures d’un Monde en Sursis » sur le site nonfiction.fr .​​​​​​​

Figures d’un monde en sursis se donne pour mission de mettre en relation les photographies de Matthias Koch et l’analyse philosophique qu’en fournit Claude Molzino . Ce « temps du présent » perçu par l’œil du photographe se pense en réalité comme un ensemble de clichés sur le « temps de la fin » que pourrait être notre époque. À la nucléarisation du monde, et au risque qu’elle représente pour le genre humain, s’ajoute une surexploitation de la planète qui font peser sur le monde du vivant une menace sans précédent.
Après avoir posé une réflexion sur les spécificités de l’art photographique, sur l’intérêt du « noir et blanc » et sur le rapport de la photographie au temps et au réel, Claude Molzino recourt principalement aux thèses de Roland Barthes, de Martin Heidegger et de Günther Anders pour démontrer l’utilité de l’art photographique. Sous la plume de la philosophe, ce dernier apparaît judicieusement comme un révélateur pour l’homme de son sursis, autrement dit comme un moyen de l’alerter sur sa responsabilité dans sa propre disparition. Aux risques de la dévastation et de l’annihilation, par delà l’épisode historique d’Hiroshima présenté comme le prélude de cette nouvelle « ère de l’humanicide », jamais selon Claude Molzino « l’être [n’a autant été] sous la menace du non être ».
Dès lors, les photographies de Matthias Koch, sous-tendues par leur éclairage philosophique, réveillent les consciences, voire la conscience du caractère caduque de l’humanité désormais confrontée à l’enjeu de sa survie. Claude Molzino nous rappelle que cette « inquiétante étrangeté » soulignée par le cliché photographique et qui en leur temps, interpella Marcel Proust (qui y voyait la marque de l’absence) et Roland Barthes (qui y associait la mort) devient chez Matthias Koch une révélation : celle de notre vulnérabilité et de l’incertitude sur notre avenir proche.
Les instantanés produits par le photographe allemand soulignent le « désenchantement du monde » et la nécessité à en témoigner de manière à ce que l’espèce humaine sorte de la somnolence inhérente à son quotidien. Qu’ils déplorent, qu’ils ironisent ou bien qu’ils alarment, les clichés de Matthias Koch témoignent de la fin de l’illusion, de cette sortie de l’innocence et de la naïveté coupable. L’enjeu de cette vision de notre présent et, de surcroît, de notre avenir, n’est pas de tomber dans un pessimisme sombre et aporétique qui nous considérerait d’ores et déjà comme condamnés à subir notre propre apocalypse. Bien au contraire, interpeller le lecteur-spectateur sur la portée philosophique des photographies apparaît comme un moyen d’agir, comme une possibilité d’éviter le pire et d’inverser le cours des choses. Il n’y a d’ombre qu’engendrée par la lumière.
Après une réflexion philosophique d’une trentaine de pages, le livre présente 27 reproductions photographiques accompagnées chacune d’un commentaire affuté où Claude Molzino mobilise nombre d’auteurs et de références philosophiques et littéraires allant de la Bible à René Char, de Saint-Augustin à Svetlana Alexievitch, comme autant d’invitations à poursuivre la réflexion. Ce cheminement intellectuel conduit en dernière étape à un « seuil » figuré par le porche d’une église médiévale située au milieu de nulle part mais qui aide le lecteur à comprendre le sens de l’itinéraire suivi de page en page.
La démarche de Claude Molzino s’apparente enfin à un hommage à la philosophie des temps passés considérée comme un moyen de comprendre et d’agir sur notre présent. D’un parking de supermarché de la banlieue parisienne à la vue aérienne d’un quartier de Mexico, d’une skyline nocturne de Hong-Kong à la ruralité du Yucatan, les photographies de Matthias Koch se font parfois l’écho de l’histoire allemande mais couvrent une géographie qui démontre à quel point ce qui est observable à l’échelle locale se trouve désormais lié à un destin global.

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